Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 08:10

C’est un virage, une nouvelle page qui s’écrit et qui ne manque pas de petites mains zélées. Au bout de 10 semaines, le procès AZF aborde (enfin disent certains) la piste intentionnelle. Elle en a fait couler de l’encre (noire) cette piste. Gorges chaudes et gorges profondes attisant en sous-main la braise du complot ou de la malveillance. C’est sur le terreau de noms aux consonances étrangères qu’elle s’est épanouie. Pas Suédois, ni Norvégiens, ni belges ni suisses, non, des noms d’ailleurs pour ne pas dire de là-bas. Des noms arabes, maghrébins, qui font frissonner, qui font peur, des noms trop proches et trop lointains, des noms comme des phantasmes, des épouvantails.

 Le premier, c’est Hassan Jandoubi. Mais il était Français Monsieur Jandoubi ? Oui, certes mais ils sont prompts à nuancer, à rappeler qu’il était d’origine Tunisienne, c’est grave, c’est suspect d’être d’origine Tunisienne ? Non bien sûr, disent les bouches en cœur, oui bien sûr, estiment à mi-voix les charbonniers invisibles de la théorie du Grand Mal. Pour simplifier et se couvrir, ils ne disent pas Hassan Jandoubi, ils disent Hassan J. C’est plus simple, plus peinard.

C’est Madame Duguet qui a ouvert le feu. C’est Français ça comme nom, c’est bien chrétien, Duguet. D’ailleurs, elle l’assume sa foi chrétienne, à la barre, tranquille. C’est une bonne bourgeoise bien de chez nous Madame Duguet, sûre d’elle et péremptoire. Médecin légiste, c’est elle qui à fait l’autopsie de Monsieur Jandoubi, et elle a compris. Péremptoire ? C’est un peu court. Catégorique, définitive, elle n’a pas froid aux yeux Madame Duguet. En constatant le nombre de sous-vêtements d’Hassan Jandoubi et la propreté de son corps elle a affirmé et proclamé que : « cet homme savait qu’il allait mourir ».

C’est quoi, Madame Duguet un homme qui va vivre ? Un homme qui ne met qu’un slip, sale de surcroît ?  Est-elle spécialiste de l’Islam Madame Duguet, Érudite en matière de kamikazes, mesure t-elle la portée de ses propos ? Non, elle ne voit que ses certitudes et pour elle, Hassan Jandoubi savait qu’il allait mourir. Et puis elle voyage Madame Duguet, elle va en Tunisie participer à des colloques et là-bas, entre la poire et le fromage, on lui a expliqué que les kamikazes mettaient plusieurs couches de sous vêtement pour  protéger leurs parties génitales avant d’aller retrouver la cohorte de vierges qui les attendent au Paradis. Quand on lui dit explique la multitude de couches comme une volonté d’Hassan de s’étoffer en raison de sa maigreur, elle trouve que non, 1,80 pour 55 kg, ce n’est pas maigre. Elle est comme ça Madame Duguet, relative.

Mais elle n’est pas seule Madame Duguet. Elle peut compter sur les bricoleurs des renseignement généraux pour alimenter la boîte à frayeurs. Trop forts les R.G. Le trois octobre 2001, ils pondent une note blanche, ramassis de ragots hallucinants, qui désignent sans l’ombre d’un doute Hassan Jandoubi comme étant un fondamentaliste musulman tendance afghane. De l’Afghan, ils en fument peut-être aux renseignements généraux, sinon, comment expliquer que 12 jours après l’explosion, ils soient toujours incapables de donner l’heure exacte de l’explosion de l’usine AZF ? 10h17,  ils ne connaissent pas, pour l’auteur, c’est à 10h24 que le couvercle a sauté. Ils sont comme ça aux R.G,   ignorants, désarmants.

Grotesque la note des R.G ? Sans aucun doute. Joël Bouchité celui qui en était alors le patron  déplore sa divulgation  dans une certaine presse estimant  qu’il « y avait une obsession à empiler des situations et des faits pour en faire autre chose ».

  Il ne faut pas l’oublier cette presse qui fit  ses choux gras d’une note dans laquelle rien n’était vérifié ni recoupé. Mais elle comme ça cette presse, comme Madame Duguet, comme les Renseignements Généraux, comme les ostronautes qui se répandent en certitudes absolues basées sur leurs croyances, leurs opinions, leurs peurs ou leurs intérêts. Elle est comme ça cette presse, troublante.

Le Président du Tribunal avait prévenu ; on entre dans une phase délicate. Ni les rédactions ni le public ne s’y  sont trompés. Les unes, malgré les explications de leurs correspondants ont insisté pour avoir des sujets croustillants sur le thème du barbu terrifiant. L’autre est venu, plus nombreux encore, espérant peut-être apercevoir, garée au milieu des scooters, la mobylette du Mollah Omar, mais non. Ils n’ont rien vu d’autre que le regard embué de Nadia, la compagne d’Hassan Jandoubi et la colère à peine contrôlée de Leïla, la soeur de ce malheureux Hassan qui tarde, encore et toujours, à n’être qu’une victime de l’explosion de l’usine AZF.

 

 

Frédéric Arrou

Par l'Association des Sinistrés du 21 Septembre 2001
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Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 08:13

Selon la place que l’on occupe dans la salle Jean Mermoz, on évoquera la bande des quatre ou le carré d’as. Quatre robes noires, issues de la même garde-robe, celle du cabinet d’avocats Soulez Larivière & associés. Le cabinet Soulez Larivière & associés assure la défense de Grande Paroisse et de Serge Biechlin. Maître Soulez Larivière, on le connaît.  C’est le ténor qui tonne, la crinière blanche qui vitupère contre les procès de masse mis en scène comme un grand spectacle, c’est le chef de la bande des quatre, où du carré d’as.

 Derrière le panache blanc, Maître Chantal Bonnard offre le profil policé d’une ménagère de moins de cinquante ans, courtoise et mesurée, ses interventions sont ponctuelles, brèves et précises. Elle n’insiste pas, ou pas encore. À ses côtés, Maître Foreman fait de la peine. Le teint blême, le cheveux épars, la barbe clairsemée, on lui souhaite du soleil, du grand air, de l’exercice. Maître Foreman, c’est l’ergoteur. Il s’humilie volontiers, affirmant qu’il ne comprend pas les dires du témoin, s’excusant presque, du dérangement.

Et puis, il y a Maître Courrégé.

Dans le carré d’as, Mauricia Courrégé, c’est la Dame de Pique. Visage  anguleux, cheveux bruns raides, mi-long, Maître Courrégé est devenue, en l’espace de quelques semaines, une star de Jean Mermoz. Pourtant, elle est loin du glamour et des paillettes.

Ni strass ni bijoux. Maître Courrégé se présente à l’état brut, parfois brute, souvent abrupte. Quand un témoin lui est abandonné, Maître Courrégé ne donne rien à voir de ses sentiments. Ses lèvres minces  ne trahissent nulle émotion, son regard est direct, son allure assurée. Mais Maître Courrégé tient dans sa main droite une liasse de feuilles jaunes ou blanches qu’elle brandit comme  s’il s’agissait  d’une synthèse du Jugement Dernier.

Maître Courrégé a le menton accusateur. Elle lève le visage, son regard profond, presque inquiet se pose sur le malheureux, et elle parle.

Maître Courrégé, parle vite, très vite, parfois trop vite. Les mots cavalent, dévalent. Le ton  acide vrille les tympans, le flot se fait torrent, le torrent, tsunami et dans un souffle ; arrive la question.  C’est une question de maîtresse d’école adressée au cancre. Une question lourde de réprimandes, de reproches, de sanctions potentielles.

Le caviar de Maître Courrégé, c’est l’expert. Face à l’expert, Maître Courrégé est à l’acmé de son art. Maître Courrégé ne questionne pas l’expert, elle le traque, le harcèle, le déchiquette. Volubile, enflammée, insolente, elle morigène et tance. L’avocate devient Procureur et la Procureur, bourreau.

Face à Maître Courrégé, l’expert se tasse et se voûte. Les questions de l’avocate volent dans l’espace comme autant de petits couteaux vifs-argents qui viennent se ficher autour du malheureux. L’exercice devient physique et l’on imagine la sueur froide qui coule dans le dos de témoins devenus accusés.

Sur le banc des prévenus, aux côtés de ses avocats, Serge Biechlin n’en perd pas une miette.  Ses éclats de rires intempestifs ont fini par exaspérer les parties civiles, mais, par l’entremise de Maître Courrégé,   il semble tenir sa vengeance et savoure, extatique, la performance de la femme en noir.

Pourtant, l’exercice a ses limites. On se surprend parfois à ne plus écouter Maître Courrégé pour ne plus s’intéresser qu’au numéro. L’avocate s’efface peu à peu derrière l’actrice. La posture tatillonne consistant à faire une montagne d’une taupinière devient un gimmick éculé, lassant et creux. L’agressivité intempestive, l’outrance de la guerre d’usure, l’aigreur des propos, dessinent les limites de l’exercice d’une avocate monomaniaque incapable de sortir d’un rôle qui commence à l’encercler, dommage.

 

Frédéric Arrou

Par l'Association des Sinistrés du 21 Septembre 2001
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Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 19:39

Audition de Monsieur Bréard, procureur de la République. En septembre 2001.

 

Très critiqué pour sa déclaration sur les 90% de chances pour que l’explosion soit d’origine accidentelle, le Procureur Bréard, devenu depuis avocat général à Bordeaux est venu témoigner  le 24 Mars. Nous reproduisons ici ses propos

 

Monsieur Bréard raconte d’abord son arrivée sur le site le jour de l’explosion. Il explique ensuite pourquoi les autopsies ne pouvaient pas se faire rapidement et la nécessité de solliciter d’autres médecins légistes. Il précise que si c’est le SRPJ de Toulouse qui a été saisi, c’est que celui-ci présentait entre autres, l’avantage d’avoir un laboratoire de police scientifique.

Ce qu’on redoutait, c’était des violences interraciales et des pillages.

Dés le début, poursuit le Procureur, on s’est trouvés confrontés à l’impératif d’aller très vite. La flagrance était limitée à sept jours,   il fallait que je me détermine très rapidement.

Il rentre très vite dans le vif du sujet en  signalant qu’il n’y avait aucun indice pour des actes criminels, que rien n’orientait vers une piste criminelle, qu’il n’y avait pas de traces d’explosifs ni de revendications sérieuses et qu’en outre, la section anti-terroriste de Paris ne revendiquait pas l’affaire.

Le Procureur poursuit : Vers 17 heures, j’ai rencontré Monsieur Maillot (Directeur adjoint de l’usine) Il nous a dit que c’était impossible que ce soit un accident, mais rien ne soutenait cette affirmation.

Un élément a pesé dans ma réflexion. S’il y avait une cible, ce n’est pas le 221 qui pouvait intéresser des terroristes, le fait qu’on était à  10 jours des attentats aux USA a pesé lourd.

Quand j’ai ouvert une instruction pour homicide involontaire, personne n’a fait opposition quand j’ai prévenu  ma hiérarchie.

Je sais et je comprends qu’on me reproche d’avoir écartée la piste criminelle, c’est faux.

Il explique alors qu’il a travaillé sur trois directions

-       La piste électrique

-       La piste criminelle (malveillance ou terrorisme)

-       La piste accidentelle

 

Il précise qu’il a suivi ce dossier jusqu’à son départ en 2005 et qu’il a ensuite rédigé un rapport, que celui-ci, consacrait 40 pages à la piste criminelle, 24 à la piste électrique, définitivement écartée et 24 pages à la piste chimique.

Je dois dire que par la suit, je me suis posé tout un tas de questions sur la façon dont AZF prenait des ordonnances civiles qui n’étaient pas contradictoires. Il parle en particulier d’une reconstitution qui, dit-il : n’était pas de saison.

­La deuxième chose importante, la question occultée, c’est de savoir quand Total a été au courant des faits.

Il tacle :

Personne n’a autorisé la Commission d’enquête interne, je m’interroge sur la visite de cette commission dans les locaux de la sacherie (le 23/09), pas plus que j’ai compris quand un salarié était sorti en pleurs de la commission d’enquête interne en disant « qu on voulait lui coller tout ça sur le dos.  Il conclut : une autre chose que j’ai trouvée un peu oiseuse, c’est la disparition de toute vérification de la benne litigieuse.

Le Président lui pose alors LA question ;

-Vous n’avez pas évoqué votre propos du Lundi…

Il n’y avait aucun indice d’un attentat, pour faire détonner, il fallait une quantité d’explosifs de 150 kg répartis dans la masse, je pensais qu’on n’avait aucun indice.  On va m’opposer qu’il y a des explosifs modernes, il n’empêche qu’on n’a retrouvé aucune des traces d’éléments de mise à feu. Rien ne permettait de dire qu’on avait retrouvé quoi que ce soit.

Il explique alors comment il s’est trouvé face à un groupe de journalistes quand il a prononcé la phrase sur les 90% :

Je reconnais que ma réaction n’a pas été très habile mais il y avait des possibilités importantes, voir très importantes d’être face à un accident... Une journaliste m’a demandé de faire des pourcentages,   il raconte avoir alors répondu : si ça vous fait plaisir, je peux aller à 90%. Il se répète : il y avait des chances importantes que ce soit un accident mais on n’écartait rien, je me suis levé, j’ai été pris hors du point de presse. Je me suis énervé un peu vite.

En ce qui concerne les ouvriers, ce ne sont absolument pas eux qui sont en cause mais l’organisation du site et les mesures de sécurité qui n’étaient pas prises, le sous-traitant qui à changé les procédures de ramassages, les problèmes des normes AFNOR. Il n’y a aussi pas eu d’enquête véritable sur la note interne d’un dénommé Géné rappelant au directeur du site qu’il fallait  faire 390000 d’économie. Il était très fier d’avoir fait 200000€ d’économie en partie sur la sécurité.

Les mises en examen me sont apparues un peu rapides, mais elles ont été levées rapidement à l’égard des ouvriers.

Le Président rappelle que le Procureur était obligé par la loi de choisir entre la piste accidentelle ou la piste criminelle.

Le Procureur dit alors qu’il s’est heurté à des journalistes qui voulaient que ce soit un attentat. Il évoque les propos de Marc Ménessier, journaliste au Figaro qui disait la semaine dernière que le procureur l’avait menacé de mort :

Il s’était procuré mon numéro de téléphone, il se présentait comme grand reporter, chef du service scientifique du Figaro. Il vitupérait contre les experts. Je lui ai dit que s’il continuait comme ça, il serait  une autre victime d’AZF.

Le Président lui demande alors ; Était-il indispensable d’ouvrir si vite une information ?

A l’époque, le délai de flagrance était de sept jours, face à un chantier comme celui-là, il y avait trop de mesures à prendre. Il était impossible de perquisitionner, c’est pourquoi tout le monde a été d’accord pour l’information.

Le Président revient sur la commission d’enquête interne :

Ne pouviez-vous pas organiser la conciliation avec la P.J ?

Je l’ai appris beaucoup plus tard (l’existence de la C.E.I) ce qu’a dit le Président de Total, c’est que Total mettrait tous ses moyens pour sécuriser le site. Jamais il n’a été question d’une commission d’enquête interne. Ils se sont présentés sous le label d’aider, ils ont entendu des gens et ont pénétré dans des locaux sans prévenir qui que ce soit.

Au sujet des « revendications d’attentat »

Il y a eu trois revendications totalement analysées par la P.J et ne correspondant à rien de sérieux. C’étaient trois personnes qui ont téléphoné.

Questions parties civiles

 

À une question de Maître Léguevaques qui lui demande si sa nomination à Bordeaux était un placard doré ; il répond 

Si c’est un placard doré, vous pouvez prendre ma place. Je suis allé à Bordeaux pour des raisons qui ne sont pas professionnelles.

Il dit qu’il n’a reçu aucune instruction pour faire la déclaration sur les 90%

. Au sujet de la piste accidentelle :

Privilégier une piste ce n’est pas exclure d’autres pistes ; elle nous semblait intéressante, à la limite, le juge d’instruction s’est senti plus motivé que moi pour prendre ma place.

 

À une question de Maître Forget, qui lui demande pourquoi il a évoqué les 90% :

J’ai repris les arguments de la thèse accidentelle. Rien ne venait confirmer quelque chose qui était dans toutes les pensées. C’était tellement commode que ce soient les autres. Il est beaucoup plus difficile d’apporter quelque chose qui alimente la piste criminelle. Je n’ai rien fermé, le pourcentage n’a influé en rien, au contraire, ça a stimulé les policiers.

Questions défense

 

Qu’est ce qu Total a voulu imposer aux experts ?

Les experts n’étaient pas du tout d’accord avec la façon de procéder. Il y a eu une discussion très chaude, j’ai indiqué qu’il y avait d’autres moyens (que ceux de Total) au niveau européen.

 

Au sujet de la commission d’enquête interne :

Je n’ai pas été prévenu de cette commission, quand elle marche sur les plates-bandes de l’enquête, le CEI n’est pas légitime. Je regrette  qu’ils n (aient pas indiqué les constatations qu’ils ont faites, je regrette le manque de traçabiité

Par l'Association des Sinistrés du 21 Septembre 2001
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 08:17

            Au terme de la troisième semaine du procès, une question centrale se pose chaque jour avec une acuité croissante.Qui connaissait le hangar 221, celui qui a explosé, et qui servait à entreposer les ammonitrates déclassés ? Personne n’est encore venu présenter de façon précise ce bâtiment, pourtant, tout le monde en parle.

Monsieur Palluel est formel. Il ne sait pas, il ne se souvient pas, il ne peut répondre ni par oui, ni par non. Monsieur Palluel était ingénieur au sein de l’usine AZF. La sécurité était sa préoccupation constante, en particulier pour les questions d’électricité. Alors, comme le bâtiment 221, n’était pas équipé d’électricité, Monsieur Palluel n’a aucun souvenir de l’avoir visité.

Monsieur Biechlin, directeur de l’usine jusqu’en 2001, ne sait pas non plus. Il n’a pas de souvenirs particuliers du hangar 221. Pourtant, il était passé partout. Sauf dans le 221. Il explique pourquoi : Aucun de mes personnels n’avait considéré qu’il y avait un risque d’explosion. Il faut donc en conclure qu’il y avait des risques d’explosion partout, sauf dans le hangar 221. Monsieur Biechlin, qui pérore volontiers, ne dédaigne pas le paradoxe.

Monsieur Quinchon  est un homme respectable. Normal pour un ingénieur général de l’armement spécialisé dans le domaine de la chimie. Il a fait un audit sur la sécurité de l’usine en Mars 1997, mais il n’est pas allé visiter le 221. Parce qu’on ne lui a jamais signalé qu’il fallait regarder le stockage des nitrates d’ammonium et qu’il n’a visité que les bâtiments désignés par la direction.

Monsieur Maillot était directeur adjoint de l’usine, il avait visité le 221 à deux reprises. Il se souvient en particulier qu’il n’y avait pas de détecteurs. Il se souvient que l’usine était une usine modèle, que le personnel était motivé. Il a oublié en revanche un incident relatif à la chute d’un ouvrier  que lui narre le Président Lemmonier. Oubliée aussi, l’intervention sur des questions de sécurité de la société Delta. Sa mémoire n’est pas plus fiable en ce qui concerne la prise en compte des nitrates déclassés au sein de l’usine de Rouen. Il a une excuse, ça c’est passé il y a neuf ans, je n’ai pas de souvenirs.

Monsieur Ullman se souvient. Pas du 221, non, mais de l’usine. Monsieur Ullman était auditeur pour un cabinet de certification norme 14001. C’est un homme calme et posé, mais c’est un homme qui fait tousser.

Après une succession de témoignages laudateurs, décrivant l’usine comme un modèle, une merveille, après la projection d’angéliques  films d’entreprise chantant les louanges des ammonitrates, le témoignage de Monsieur Ullman fait tousser.

Monsieur Ullman a réalisé trois audits en 98, 99 et 2000 au sein de l’usine. Quand il y allait, il disait à sa femme qu’il allait chez Zola. Monsieur Ullman décrit une gestion des déchets pas très optimale, loin s’en faut sur un site qu’il décrit comme étant le pire qu’il ait jamais visité. Il évoque le climat social dans des termes peu amènes et calmement, mais fermement, dézingue le système de certification aux normes Iso 14001. La certification  est selon lui le seul examen dont le résultat soit la réussite à 100%, c’est un vaste marché, ce sont des industriels qui jugent des industriels. Il décrit l’organisation des audits : C’est une grande négociation, très généralement, c’est le marchand de tapis.   Monsieur Ullman a demandé la suspension de la certification de la norme Iso 14001 pour l’usine AZF de Toulouse. Il n’a pas souvenir d’une autre suspension pour un autre site. Il termine en disant que lors des certifications, le client est roi et qu’être certifié, ça ne veut rien dire. Il ajoute qu’après sa demande de suspension de la certification, il a été débarqué de la démarche et que son successeur à accordé la certification. C’est peut-être parce qu’il a répondu par l’affirmative à la question de maître Léguevaques lui demandant s’il avait conscience que son témoignage n’allait pas plaire à tout le monde, que Monsieur Ullman sort étroitement accompagné par un policier.

Le lendemains, Monsieur Saint Paul vient témoigner. Monsieur Saint Paul fut directeur de l’usine AZF de 1990 à 1998. Il explique qu’il prenait tous les jours une heure pour faire le tour de l’usine. Alors le hangar 221, il connaissait. Enfin, il ne connaissait pas « spécialement »  le 221. Il y avait une raison à cela, c’est que ce bâtiment ne posait aucun problème. Dans sa déposition écrite, il précisait même que ce bâtiment avait l’apparence d’un bâtiment dégradé sans qu’il le soit forcément.

Monsieur Gelbert, lui, connaissait le 221. Il y est allé, lors d’une visite avec le CHSCT. Ingénieur sécurité environnement, il explique sa conception de la sécurité. Nous considérons que la sécurité était assurée par la présence de personnes à proximité. S’il y avait bien des personnes à proximité du hangar 221 le 21 septembre 2001, on sait aussi le lourd tribut qu’elles ont payé à cette présence. Monsieur Gelbert n’est pas plus rassurant quand il explique pourquoi il n’y avait pas de détecteurs de dioxyde d’azote dans le hangar. La décomposition des ammonitrates est lente, ce sont les fumées qui nous auraient alertés, on aurait eu largement le temps d’intervenir.

Au fil des témoignages, faute d’avoir un discours ferme et précis sur le hangar 221, un sentiment paradoxal turlupine le public. Le hangar 221 devenu tristement célèbre était avant tout, l’inconnu du pôle chimique.

 

Frédéric Arrou

 

Par l'Association des Sinistrés du 21 Septembre 2001
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Lundi 9 mars 2009 1 09 /03 /Mars /2009 18:51
Monsieur le Président
 

 


En prenant la parole aujourd’hui, après Brice et Lucie, après leur maman, après tous ceux qui se sont exprimés hier,, je voudrais vous dire combien nous vous sommes reconnaissants de placer à leur juste place ceux qui au sein de l’usine comme  dans sa périphérie en furent et en sont malheureusement encore les victimes.

Le 21 septembre 2001 est une pierre noire. Un marquage indélébile pour beaucoup, une cicatrice qui tarde à s’estomper pour d’autres. Il y a ceux qui ont pu dire et ceux qui n’ont pas les mots. Ceux dont la gorge se noue, ceux dont les yeux s’embuent à la simple évocation de ces trois lettre AZF, de cette date, 21 septembre 2001. Il y a ceux qui sont présents ici, et ceux qui ne viendront pas, jamais. Ceux qui sont restés là où ils se trouvaient déjà avant l’explosion, à la marge, à la frange, ailleurs et seuls dans la communauté des exclus. Car Monsieur le Président, cette catastrophe n’a frappé ni n’importe où ni n’importe qui... Les quartiers riverains sont le plus souvent des quartiers d’exclusion, de relégation,. Ces quartiers ont des noms, et je voudrais les citer, Tabar, Bordelongue, Papus, Faourette, Le Mirail, Empalot, Le Milan, Bagatelle, je dois ajouter à cette liste, les patients de l’Hôpital Marchant, qui ont  eu à subir, sans doute un peu plus que les autres,   le rejet et la stigmatisation.

L’association des sinistrés du 21 septembre s’est constitué le 23 septembre 2001, ses statuts ont été déposés en préfecture le 25 elle a été agréée par le ministère de la justice pour se constituer partie civile,  en décembre 2001. Située sur le quartier Papus, ce n’est pas une association de quartier. Nous avons, dès le début, voulu nous intéresser à toutes les dimensions de ce drame, sans préjuger de leur importance, mais en accueillant chacun avec le poids de son traumatisme et de sa douleur. Nous avons travaillé, dans le chao, dans la souffrance... Nous avons rapidement compris, que certains resteraient à jamais des victimes d’AZF parce qu’ils étaient plus que misérables avant et qu’ils le sont plus encore, depuis.

Les familles endeuillées ont évoqué hier, le terrible poids de l’absence. L’absence, Monsieur le Président sera présente tout au long de ce procès. Absence de ce qui ont autorisé l’exploitation et le développement  de cette usine. Absence de ceux qui ont permis, que la ville et le pôle chimique se rejoignent, absence de ceux, qui les yeux rivés sur une courbe de croissance trouvent qu’il faut encore et toujours réduire les coûts. Absence aussi de ceux qui pensent qu’ils n’ont pas leur place ici, parce que la justice, ils ne connaissent pas.

Nous avons réussi à fédérer une partie de la population sinistrée, et nous en sommes fiers. Nous avons su écouter et traduire la colère, lui donner du sens en construisant. Nous avons demandé et obtenu la fermeture de cette usine et nous savons combien cela nous est reproché, comme si une autre solution était envisageable, raisonnable.  Nous avons bataillé Monsieur Le Président, jusqu’à ce procès, pas pour des petits intérêts financiers, comme certains aiment à le faire croire, pas pour la gloire, pas pour le plaisir. Simplement pour que tous puissent être reconnus, quels que soient leur rang, leurs capacités et leurs limites.

Je voudrais aussi, dire combien nous avons été choqués par les propos insultants tenus à l’encontre de note avocat Maître Lèguevaques la semaine dernière. Nous sommes fiers, Monsieur le Président, que notre avocat soit aussi celui de la Mairie de Toulouse, Nous avons attendu longtemps qu’elle vienne, aux côtés des sinistrés et des victimes. Elle est là, nous y sommes. Il faut que la dignité demeure, en insultant notre avocat, c’est nous qui sommes insultés. Nous dénions à quiconque le droit de parler en notre nom, Maître Léguevaque ne nous a pas trahi, il est là, avec Maître Cohen, avec nous.

Tout le monde Monsieur le Président proclame aujourd’hui son désir de vérité, y compris ceux qui assurent dans le même temps le service après vente, y compris ceux qui oeuvrent pour enfumer ce procès, surfant sans vergogne sur des théories qui font plus de place au phantasme et à la manipulation qu’à cette prétendue posture faite de pureté et d’intégrité. Nous voulons Monsieur le Président la vérité, nous sommes confiants, mais nous ne voulons pas que la vérité. Nous voulons aussi que ce procès soit la pierre blanche marquant  un tournant, pour que le vœux exprimé par Brice Ledoussal ne soit pas vain , pour que le drame ne se reproduise pas, pour qu’au bout du compte, le malheur soit utile.

Pour l’Association des Sinistrés

Frédéric Arrou

Par l'Association des Sinistrés du 21 Septembre 2001
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